Colloque – L’intégration des bénéfices non financiers aux grands projets d’infrastructures : une proposition de démarches avant-gardistes pour envisager les grands défis et leurs solutions

 Date : 3 mai 2021

 

Ce colloque a eu lieu dans le cadre du 88e congrès de l’Acfas

 

Mot d'ouverture du colloque par Nathalie Drouin, directrice générale, KHEOPS

Nombre de gouvernements font des investissements majeurs dans les grands projets d’infrastructures. Ils souhaitent dès lors établir un cadre de gestion approprié pour garantir la réalisation des bons projets.

Jusqu’ici, la valeur d’un projet d’infrastructure était essentiellement considérée sous l’angle des bénéfices financiers qu’il pouvait générer. Or, les recherches démontrent que la valeur des projets se doit d’être conceptualisée dans une perspective plus large. Un bon projet se doit de générer non seulement des gains financiers, mais aussi des bénéfices non financiers. Autrement dit, un bon projet doit concourir à la croissance économique tout en assurant une qualité de vie aux citoyens et à la société dans son ensemble. Il doit miser pour ce faire sur le capital social et le bien-être humain, le tout dans une perspective durable.

Ces objectifs ambitieux exigent des pratiques de gestion capables de générer non seulement des avantages économiques mais aussi des résultats moins tangibles a priori. Un changement de paradigme est donc nécessaire pour repenser les habiletés et les expertises requises par les gestionnaires de projet, afin de livrer les grands projets durables d’aujourd’hui et de demain.

Ce colloque propose donc de se pencher sur la problématique de l’intégration des bénéfices non financiers dans le cadre de la gouvernance et de la gestion des grands projets d’infrastructures.

L'intégration des bénéfices non financiers tout au long du cycle de vie des grands projets d'infrastructure pour repenser leur succès. Marie-Andrée Caron (ESG - UQAM)

La complexité de la gestion des grands projets d’infrastructure (GPI) est grandissante. Un changement de paradigme est appelé pour réfléchir en terme de succès, plutôt que selon les critères traditionnels d’efficacité, de délai et de qualité. Le succès est un concept holiste qui implique l’intégration des bénéfices non financiers (BNF), un domaine qui interpelle de manière plus importante la participation des praticiens, surtout les acteurs concernés par les impacts sociaux et environnementaux de ces projets. Cette communication a pour but d’étudier les conditions d’un rapprochement réussi entre chercheurs et praticiens, permettant de co-construire les savoirs qui sont à la base de ce changement de paradigme.

Peut-on capter les bénéfices non financiers des projets de développement international ? Les limites de l'analyse avantage-coûts. Lavagnon Ika (Université d'Ottawa)

Le développement international passe par les projets. Sa réussite passe par la réalisation des retombées des projets. Or, qu’ils soient des projets d’infrastructure ou de renforcement des capacités, leur objectif ultime reste la réduction de la pauvreté. Compte tenu de l’intangibilité de cet objectif, les retombées des projets de développement demeurent difficiles à capter. L’analyse avantage-coûts y trouve là ses limites. Cette présentation explore la complexité de la prise en compte des bénéfices financiers dans les projets de développement. Elle montre que l’expérience des projets de développement est pleine d’enseignements pour les grands projets d’infrastructure.

Engagement socio-environnemental et transformation de l’espace urbain : l'apport de l’art et du design pour repenser durablement les liens entre infrastructures et collectivités - Alice Jarry (Université Concordia) et Thomas Heinrich

Les grands projets d’infrastructures sont des défis urbains complexes ayant un impact sur le bien-être des populations et celui des écosystèmes. La pollution et les enjeux de santé physique et psychologique résultant de milieux temporairement déstructurés en sont des exemples. Alors que le bien-être se pose comme un concept multifactoriel lié à la fois à la santé et à la qualité de l’environnement naturel et bâti, il est nécessaire de réfléchir à la valeur environnementale et sociétale que ces projets peuvent générer pour les collectivités. Cette communication s’appuie sur des approches en art, en design, en architecture et en pratiques urbaines et examine le rôle clé que ces champs peuvent jouer afin de renouveler une conception et une expérience de l’espace urbain passant par la durabilité et l’inclusion. 

Création de valeur autour des aménagements hydroélectriques - Stéphanie Eveno (Hydro-Québec)

Dans une perspective de développement durable, Hydro-Québec s’intéresse au bénéfice social de ses installations et aux valeurs qu’elles créent ou entraînent. Une étude de cas dans la région de la Mauricie sera présentée.

La Mauricie, telle qu’on la connaît aujourd’hui, émerge de façon significative au début du 20e siècle, alimentée en grande partie par le développement de l’hydroélectricité. La construction de la ville de Shawinigan et l’implantation de diverses industries sont le résultat direct du développement de l’hydroélectricité, ce qui fait de l’essor de cette région le premier véritable exemple de création de valeur.

Aujourd’hui encore, le complexe hydroélectrique de la rivière Saint-Maurice contribue à différentes industries, telles que le tourisme ainsi que les activités de navigation ou les activités environnementales.

Projets d’envergure, modes de réalisation et bénéfices non financiers : éléments de réflexion pour des choix plus éclairés - Mario Bourgault (Polytechnique Montréal)

Les projets d’infrastructure sont généralement réalisés par un vaste ensemble d’acteurs économiques. Ces acteurs se trouvent réunis autour d’un schéma d’ensemble qui définit les responsabilités de chacun, et qu’on désigne par mode de réalisation. Plusieurs modes de réalisation existent : entreprise générale, conception-construction, gestion de la construction, etc. Selon le contexte institutionnel et organisationnel, la nature du projet, et les caractéristiques des acteurs en présence, chaque mode présentera des avantages et inconvénients. Dans le cadre de cette présentation, nous proposerons une exploration de ces modes et de leur usage, et tenterons une première réflexion du point de vue des bénéfices non financiers pouvant être associés à chaque mode. Nous verrons notamment que devant les possibilités qu’offrent les innovations courantes, à la fois technologiques et organisationnelles, certains modes peuvent se révéler plus propices à produire des bénéfices qui vont au-delà des mesures classiques de réussite de projet.

Panel : Quels défis et enjeux liés à l'intégration des bénéfices non financiers ?

Animé par Nathalie Drouin